Ce qui aurait pu être un simple contentieux bancaire est en train de virer à un scandale mêlant abus de pouvoir, irrégularités foncières et pressions politiques. Le conflit opposant la BGFI Bank à M. Kapalata révèle les dérives d’un système où les droits des citoyens sont piétinés au profit des intérêts bancaires et de réseaux d’influence bien implantés.
Tout commence en 2015. M. Kapalata sollicite un prêt de 500 000 usd auprès de la BGFI, qu’il rembourse avec intérêts. En 2017, un autre crédit de 1 500 000 usd est contracté, également remboursé. En 2019, un dernier prêt de 2 800 000 usd lui est accordé. Mais avec la pandémie de COVID-19, ses activités économiques sont frappées de plein fouet, rendant impossible le remboursement immédiat.
Reconnaissant ses difficultés, M. Kapalata se tourne vers la BGFI pour chercher une solution. Un accord amiable est trouvé : la vente d’une concession permettrait à la banque de récupérer son argent, et à Kapalata de percevoir le solde restant. Mais c’est là que les pratiques douteuses commencent.
Au lieu de respecter l’accord, la BGFI engage en 2022 une procédure judiciaire contre lui, tout en opérant, en coulisse, une manœuvre foncière des plus opaques. La banque aurait obtenu, par une voie non conventionnelle, l’annulation des certificats d’enregistrement de M. Kapalata et leur transfert à son propre nom. Le conservateur foncier, pris à partie, nie toute responsabilité, accusant son adjoint d’avoir agi en son absence.
Face à ce coup de force, M. Kapalata porte plainte. Le conservateur, dans un courrier officiel, demande à la BGFI de restituer les certificats illégalement obtenus, afin de rétablir la situation. Mais la banque reste silencieuse, entretenant volontairement l’ambiguïté sur sa prétendue propriété de la concession.

Pendant ce temps, le procès ouvert au tribunal de Mbanza-Ngungu est laissé en suspens, comme si l’issue judiciaire n’intéressait plus personne. Pire encore, la BGFI, loin d’agir dans le cadre légal, mobilise des relais politiques. Selon nos informations, un haut responsable politique, Eberande, aurait mandaté le Général Bob Kilubi pour expulser les occupants de la concession, en s’appuyant sur les certificats contestés.

Ce qui choque dans cette affaire, c’est l’arrogance avec laquelle une institution bancaire se permet de court-circuiter la justice, de manipuler le système foncier, et de faire intervenir la force publique pour régler un litige privé. M. Kapalata, citoyen en droit de se défendre, continue d’occuper sa concession, devenu malgré lui symbole d’un combat contre l’injustice et la corruption systémique.
Jusqu’à ce jour, aucune autorité n’a sanctionné les dérives dans ce dossier, ni exigé de la BGFI qu’elle rende des comptes. Le silence des institutions en dit long.
Christian Nyamabu Kabeya