La libération provisoire de Jacky Ndala , pour raisons de santé, n’a pas effacé les dix mois de détention qu’il a passés dans des conditions difficiles à la prison centrale de Makala. Ancien coordonnateur national de la jeunesse du parti Ensemble pour la République, Ndala avait été condamné le 18 décembre 2024 à deux ans et six mois de servitude pénale pour « propagation de faux bruits ». Son arrestation, comme celle de Mike Mukebayi avant lui, soulève une question troublante : les cadres kasaïens du parti de Moïse Katumbi sont-ils systématiquement négligés lorsqu’ils tombent en disgrâce ?
Un militant de première ligne, laissé pour compte
Jacky Ndala n’est pas un inconnu dans les cercles politiques congolais. Ancien journaliste, il s’est imposé comme l’un des visages les plus visibles de la jeunesse pro-Katumbi, notamment lors de la mobilisation contre le projet de loi sur la « congolité » en 2021. Ce combat lui avait déjà valu une première condamnation à deux ans de prison pour « incitation à la désobéissance civile », avant d’être gracié en 2022.
Son retour sur la scène politique fut marqué par une détermination intacte. Mais en novembre 2024, après avoir dénoncé publiquement les mauvais traitements subis lors de sa précédente détention dans les locaux de l’Agence nationale de renseignement (ANR), Ndala est de nouveau arrêté. Cette fois, son parti reste muet. Aucun communiqué, aucune visite officielle, aucun soutien juridique ou médiatique. Un silence assourdissant.
Le cas précédent de Mukebayi
Ce n’est pas la première fois qu’un cadre kasaïen d’Ensemble pour la République se retrouve isolé en prison. Mike Mukebayi, une autre figure influente de l’opposition, avait connu une détention similaire, marquée par l’indifférence de ses collègues politiques. Là encore, aucune mobilisation du parti, aucune prise de position publique.
À l’inverse, plusieurs cadres non kasaïens du parti, notamment originaires de l’espace Swahiliphone , ont bénéficié d’un appui visible en cas de poursuites : assistance juridique, soutien médiatique, et parfois même des visites de haut niveau. Cette disparité de traitement alimente les soupçons d’un tribalisme latent au sein du parti.
Une solidarité à géométrie variable?
La répétition de ces cas soulève une interrogation profonde sur la nature même d’Ensemble pour la République. Le parti, qui se veut national et inclusif, fonctionne-t-il selon des logiques ethniques ? L’origine kasaïenne de Ndala et Mukebayi aurait-elle influencé négativement le niveau de soutien qu’ils ont reçu ? La question, longtemps évitée, mérite désormais d’être posée avec clarté.
Le testament rédigé par Jacky Ndala depuis sa cellule de la prison Centrale de Makala, dans lequel il exprimait sa crainte de mourir en détention, témoigne de l’ampleur de son isolement. Il est aujourd’hui libre, mais son silence sur le comportement de son parti en dit long.
Une remise en question nécessaire
Ensemble pour la République peut-il continuer à incarner l’unité nationale tout en laissant certains de ses cadres souffrir dans l’indifférence ? Le cas Ndala, comme celui de Mukebayi, révèle un malaise profond. Il ne s’agit pas seulement de solidarité politique, mais de cohérence idéologique.
Jacky Ndala et Mike Mukebayi ne sont pas des cas isolés. Ils sont les symboles d’une fracture interne que le parti de Moïse Katumbi devra affronter s’il veut prétendre à une gouvernance inclusive et équitable. Car au-delà des ambitions électorales, c’est la crédibilité même du projet politique qui est en jeu.
Obed kanyinda