
Alors que le monde accélère sa transition vers les véhicules électriques et les énergies renouvelables, une ville du sud de la République démocratique du Congo en subit les conséquences environnementales. Kolwezi, cœur stratégique de la production mondiale de cobalt, voit son paysage profondément transformé par plus de trois décennies d’exploitation minière intensive.
Une récente étude scientifique met en lumière l’ampleur de ces mutations. Présentée à la Conférence internationale sur le changement climatique et les technologies émergentes (ICCCET-2025), tenue en Inde du 20 au 21 novembre 2025, la recherche intitulée « Impact environnemental des activités d’extraction de cobalt (1994-2024) à l’aide de l’analyse paysagère à Kolwezi (RDC) » a été menée par Bakatuamba Kunyima Olivier, étudiant à l’Université de Chandigarh, sous la supervision des professeures Arundhati Balouria et Manmeet Kaur, du Département de génie civil.
Trente ans d’évolution observés depuis l’espace
S’appuyant sur les images satellites Landsat couvrant une période de 30 ans, l’étude révèle une régression marquée de la couverture végétale, conjuguée à une expansion rapide des mines à ciel ouvert et de l’urbanisation. Grâce aux outils de télédétection, aux systèmes d’information géographique (SIG) et à l’analyse statistique spatiale, les chercheurs ont pu cartographier avec précision les changements du paysage kolweziens.
Les résultats indiquent une fragmentation croissante des zones végétalisées, désormais plus isolées et moins capables de se régénérer, tandis que les superficies minières et urbaines connaissent une croissance exponentielle.
Des écosystèmes et ressources hydriques sous pression
Au-delà de la végétation, les réseaux hydrographiques sont également affectés. Les modifications du sol liées aux activités minières suscitent des inquiétudes quant à la qualité des eaux, à la stabilité des habitats naturels et à la durabilité écologique de la région.
Pour renforcer la fiabilité de leurs conclusions, les chercheurs ont combiné les analyses satellitaires avec des données de terrain. Des mesures de précision et des matrices de confusion ont permis de valider les classifications utilisées dans l’étude.
Un levier pour orienter les politiques minières
Malgré le constat alarmant, les auteurs soulignent la portée opérationnelle de leur travail. L’étude propose un modèle reproductible de suivi environnemental susceptible d’appuyer la prise de décision des autorités publiques, des urbanistes, des gestionnaires environnementaux et des acteurs du secteur minier.
Elle pourrait notamment contribuer à améliorer les stratégies de restauration écologique, la planification territoriale et la réforme des politiques minières en RDC.
Une transition énergétique aux coûts invisibles
À l’heure où la demande mondiale en batteries dites « propres » ne cesse de croître, cette recherche rappelle que la transition énergétique comporte des coûts souvent supportés par les territoires producteurs.
« La durabilité ne se limite pas à la réduction des émissions de carbone », souligne l’étude. « Elle doit aussi intégrer les impacts environnementaux et sociaux locaux. »
À Kolwezi, ces impacts sont désormais visibles — et mesurables — depuis l’espace.
La Rédaction