TRIBUNE | Kinshasa : Un bel immeuble ne suffit pas

Kinshasa connaît une véritable métamorphose immobilière. D’une commune à l’autre, les grues s’élèvent, les immeubles se multiplient et les façades vitrées remplacent progressivement les anciennes bâtisses. La capitale congolaise affiche désormais les signes visibles d’une ville qui aspire à la modernité.Pourtant, derrière cette image prometteuse se cache une contradiction qui saute aux yeux.

Il suffit de franchir le portail de certains immeubles flambant neufs pour retomber dans une tout autre réalité : avenues défoncées, caniveaux obstrués, eaux stagnantes, amas d’immondices, poussière en saison sèche, boue en saison des pluies.

Le contraste est saisissant. À l’intérieur, le confort. À l’extérieur, l’abandon.Peut-on réellement parler de modernité lorsque la beauté d’un bâtiment s’arrête au seuil de sa parcelle ?Bien entendu, l’entretien des routes, l’assainissement des espaces publics et l’aménagement urbain relèvent avant tout de la responsabilité de l’État. Nul ne saurait le nier. Mais lorsque l’action publique tarde ou se révèle insuffisante, la résignation ne peut devenir notre seule réponse.Les propriétaires de ces immeubles représentent souvent une catégorie d’investisseurs capables de mobiliser des ressources considérables pour ériger des bâtiments de plusieurs niveaux.

Pourquoi cette ambition s’arrêterait-elle à la clôture de leur propriété ?Pourquoi attendre exclusivement l’intervention des pouvoirs publics pour nettoyer les devantures, désensabler les caniveaux, aménager les trottoirs ou même, lorsque les circonstances le permettent, se regrouper entre riverains afin de réhabiliter une avenue ?Une avenue propre profite à tous. Elle valorise les immeubles qui la bordent, améliore la sécurité, facilite la circulation, réduit les risques sanitaires et renforce l’attractivité d’un quartier.

En d’autres termes, prendre soin de l’espace qui entoure son immeuble n’est pas une dépense ; c’est un investissement.Dans les grandes métropoles du monde, les promoteurs immobiliers comprennent qu’ils ne vendent pas seulement un appartement ou des bureaux. Ils vendent également un cadre de vie. Un immeuble prestigieux perd une partie de sa valeur lorsqu’il est entouré de saleté et de délabrement.

Kinshasa gagnerait à voir émerger une nouvelle génération de bâtisseurs : des investisseurs qui ne se limitent pas à construire des murs, mais qui contribuent aussi à bâtir des quartiers. Des propriétaires qui considèrent leur avenue comme le prolongement naturel de leur patrimoine. Des citoyens qui comprennent que l’intérêt collectif finit toujours par servir l’intérêt individuel.

Cette responsabilité ne dispense en rien l’État de ses obligations. Au contraire, elle complète son action. Le développement d’une capitale repose autant sur des politiques publiques efficaces que sur une citoyenneté active et responsable.

L’histoire des grandes villes montre que leur transformation n’a jamais reposé uniquement sur les institutions. Elle est aussi née de l’engagement de leurs habitants, de leurs entrepreneurs et de leurs investisseurs.Kinshasa ne manque ni de talents, ni de ressources, ni d’ambitions. Ce qui lui manque parfois, c’est une culture plus forte de la responsabilité partagée.

À tous les propriétaires d’immeubles, à tous les promoteurs immobiliers, à tous ceux qui investissent dans cette ville, lançons cet appel : faites de vos devantures le reflet de vos ambitions. Ne laissez pas la saleté ternir la beauté de vos réalisations.Car une ville ne devient pas moderne parce qu’elle compte davantage d’immeubles.

Elle devient moderne lorsque ses rues, ses avenues, ses trottoirs et ses espaces publics traduisent la même exigence de qualité.Construisons des immeubles qui embellissent Kinshasa. Mais surtout, construisons une culture citoyenne qui embellisse durablement notre capitale.

La rédaction

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