RDC : Tribune de Mme Iris Nzolantima « Avant de donner des leçons de gouvernance, chacun devrait d’abord présenter son propre bilan »

Tribune de Mme Iris Nzolantima, cadre de l’UDPS/Tshisekedi : En démocratie, chacun est libre d’exprimer son opinion. Toutefois, lorsqu’on a occupé les plus hautes fonctions de l’État pendant plusieurs décennies, la crédibilité de la critique repose également sur le devoir de rendre compte de son propre parcours.

Monsieur Tryphon Kin-Kiey Mulumba a servi sous plusieurs régimes politiques. Il fut un soutien assumé du président Joseph Kabila, au point de populariser le slogan devenu célèbre : « Kabila désir, totondi yo nanu te. » Malgré ce passé politique, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo lui a renouvelé sa confiance en lui confiant d’importantes responsabilités publiques. Une telle confiance aurait pu inspirer davantage de retenue avant de remettre publiquement en cause une option politique relevant des prérogatives constitutionnelles du Chef de l’État.

Au-delà des discours, les citoyens sont en droit de s’interroger sur le bilan concret de chacune des fonctions qu’il a exercées.

En sa qualité de ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, où est le rapport public de fin de mandat présentant les objectifs fixés, les résultats atteints, le niveau d’exécution budgétaire, les difficultés rencontrées ainsi que les recommandations adressées à ses successeurs ?

À la fin de son mandat, le coût d’un gigaoctet d’Internet en République démocratique du Congo variait généralement entre 10 et 25 dollars américains, selon les opérateurs, faisant du pays l’un des marchés les plus coûteux de la sous-région pour l’accès aux données mobiles. L’accès à Internet demeurait limité, les infrastructures numériques restaient encore peu développées et, à la connaissance du public, aucun rapport consolidé de fin de mandat n’a permis aux Congolais d’évaluer objectivement les résultats des réformes entreprises.

Comme ministre des Relations avec le Parlement, quelles réformes structurelles constituent aujourd’hui l’héritage de son passage ? Quels mécanismes durables de modernisation des relations entre l’Exécutif et le Parlement peut-on véritablement mettre à son actif ?

En tant que député national, quelles propositions de loi majeures, quelles réformes d’envergure nationale ou quelles initiatives ayant significativement amélioré les conditions de vie des Congolais peuvent être retenues comme marque de son mandat ?

Aujourd’hui encore, dans ses fonctions de président du Conseil d’administration de la Régie des Voies Aériennes (RVA), ses interventions publiques consistent principalement à dénoncer des dysfonctionnements, des blocages administratifs, des créances impayées et des projets inachevés. Ces alertes peuvent naturellement contribuer au débat public.

Toutefois, les Congolais attendent également des résultats mesurables, des indicateurs de performance, des rapports de gestion et une reddition régulière des comptes.

Cette réflexion dépasse d’ailleurs le seul cas de Monsieur Kin-Kiey Mulumba. Elle soulève une question fondamentale de gouvernance en République démocratique du Congo.

Pourquoi les ministres, les présidents des conseils d’administration, les directeurs généraux et les responsables des établissements publics ne présentent-ils pas systématiquement au peuple des rapports trimestriels, annuels ou de fin de mandat ? Pourquoi la culture de la reddition des comptes demeure-t-elle l’exception plutôt que la règle ?

La gouvernance moderne ne peut plus reposer uniquement sur des déclarations, des conférences de presse ou des prises de position sur les réseaux sociaux. Elle exige des indicateurs de performance, des objectifs clairement définis, des évaluations indépendantes et une obligation permanente de rendre compte aux citoyens.

Dans les grandes démocraties, les responsables publics sont évalués à partir de critères objectifs : exécution budgétaire, efficacité des politiques publiques, qualité des services rendus, réformes effectivement mises en œuvre et impact concret sur la vie des populations. En République démocratique du Congo, cette culture de l’évaluation doit devenir une exigence institutionnelle.

Critiquer les choix du Chef de l’État est un droit garanti dans toute démocratie. Mais lorsqu’on a soi-même exercé le pouvoir pendant de nombreuses années, la première exigence devrait être de présenter son propre bilan avant de distribuer des leçons de gouvernance.

Les Congolais ne souffrent pas d’un déficit de commentaires politiques. Ils souffrent d’un déficit de reddition des comptes.

Le véritable débat n’est donc pas de savoir qui critique le Gouvernement, mais de savoir si chaque ancien et actuel gestionnaire de la République est capable de présenter, documents à l’appui, le bilan de son passage aux affaires.

C’est à cette condition que la critique politique retrouve toute sa crédibilité et que la démocratie se renforce.

La rédaction

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